Louis  GANNE  ( 1862-1923)

Louis-Gaston Ganne est né à Buxières-les-Mines (Allier) prés du Gourbiland !! !, le 5 avril 1862.

    Devenu déjà célèbre par ses marches, sa musique de danse et quelques opérettes durant les ultimes années du XIX° siècle, Ganne accède au tout premier plan, moins de deux jours avant le début du XX° siècle, le 30 décembre 1899, avec une partition qui me paraît immortelle : Les Saltimbanques. Grosse caisse et fleur bleue ! Fleur bleue surtout, avec ces mélodies tendres, délicates, rêveuses et romanesques de cet autre élève de Massenet, ses danses bien découpées et ses valses typiques, qui correspondent si bien aux courbures gracieuses et élégantes de l'Art Nouveau.

    Ganne termine en 1906 la dernière opérette de Planquette, Le Paradis de Mahomet. Ce musicien s'étant beaucoup raffiné depuis ses robustes Cloches de Corneville, il est particulièrement difficile de distinguer dans son opérette posthume ce qui est de l'un et ce qui est de l'autre.




    Mais notre Louis va se surpasser et composer avec Hans, le joueur de flûte une des plus belles opérettes jamais écrites. Il s'agit d'un véritable et adorable opéra-comique, où tout est joli, poétique et charmant.

    La radio française, aux temps hélas révolus où elle montait systématiquement des reprises d'opérettes classiques françaises, a fait redécouvrir un autre ouvrage de Ganne. C'est Rhodope, créé à Monte-Carlo en 1910. Le compositeur s'y essaie à un travestissement de l'Antiquité, comme Offenbach et Terrasse (notamment) l'avaient fait avec bonheur avant lui. Mais il n'abandonne pas son style, ce qui nous vaut une charmante partition, sur un sujet des plus délurés et des plus gaillards, préfigurant Phi-Phi, en plus élégant et plus distingué. L'action se passe en Egypte, aux temps des Pharaons - 580 avant Jésus-Christ, précise la partition - mais alors, des Pharaons de la plus haute fantaisie ! Les personnages s'appellent Castor, Psammétik (sic), Xénophon, Ramsès, Nausicaa, Madame Putiphar et Lesbie. Le " mot d'ordre " final de l'ouvrage est des plus… engageants : Rhodope fera démolir le Temple d'Astraté où les belles prêtresses de Vénus sont enfermées à l'abri des regards des hommes.

    " Et les esclaves de jadis
    Sur tes autels vont, ô Cypris,
    Offrir des roses
    Vers ceux qu'il leur plaira choisir
    Que toutes cèdent au désir
    Qui les entraîne ! "

    On le voit à cet échantillon, c'est un cocktail des plus piquants, qui nous est présenté ici. Faut-il dire qu'il diffère beaucoup de l'atmosphère des Saltimbanques, même si ceux-ci sont animés fondamentalement du même amour de la liberté, et du même amour… de l'amour ?

    Puis c'est une autre opérette, au sujet très leste : Cocorico (1915). Les Etats du margrave de Puppenberg doivent passer sans rémission à la maison d'Autriche, s'il n'y a pas d'héritier mâle. En conséquence, l'empereur Napoléon décide, que s'il n'en survient pas un dans onze mois, il confisquera la principauté et l'annexera à la France. On conviendra quand même que le sujet est pour le moins bizarre, pour une opérette qui a été représentée en 1915, en pleine première guerre mondiale. La dose de salacité étant ainsi obtenue avec ce livret curieux, ici encore la musique de Ganne s'affirme avec toutes ses qualités, mais sans atteindre quand même le niveau de celle de Hans.

    Les autres opérettes tardives de Ganne ne présentent qu'un intérêt relatif. Celui qui collectionnerait les œuvres de danse, les morceaux pour piano, les innombrables piécettes de musique composées par Ganne, ne cessera probablement pas de faire des découvertes dans les piles de musique en feuilles que l'on trouve parfois chez les antiquaires.

    Signe de temps : le Bruyas, qui reste un ouvrage de référence malgré ses faiblesses, mentionne à l'année 1923 la mort de Terrasse, mais pas celle de Ganne. Certes, Terrasse était un très grand musicien - je l'adore - mais Ganne n'a jamais quitté l'affiche tandis que Terrasse en est à un retour depuis quelque temps. Mieux, la réputation de Ganne s'accroît : je vois encore un des plus grands critiques d'opéra de la presse allemande témoigner devant moi, en 1999, un exubérant enthousiasme pour Les Saltimbanques et réclamer à cor et à cri des représentations Outre Rhin pour ceux-ci…

    Louis Ganne est mort à Paris, le 13 juillet 1923.


PARTOTHEQUE

  • Les saltimbanques  ( integrale piano-chant)
  • Hans le joueur de flûte  ( integrale piano-chant)
  • Orientale (extraite de la suite byzantine "Illys")


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